Pour donner une nouvelle affectation aux déchets résiduels de l’industrie sidérurgique, nous sommes partis en quête de techniques inexplorées

Serge Celis
CEO Orbix

Révolution belge dans le secteur de la construction

Installée à Genk, l’entreprise Orbix a développé un procédé unique qui utilise du CO2 à la place du ciment pour fabriquer des matériaux de construction. La technologie révolutionnaire sera bientôt déployée à l’échelle industrielle en Europe.

«Depuis 1996, Orbix se concentre sur le recyclage du mâchefer: les déchets résiduels de la production d’acier inoxydable, allant des grosses masses aux petites billes de stylos», explique Serge Celis, directeur d’Orbix. «Pour donner une nouvelle affectation à ces déchets, nous sommes partis en quête de techniques inexplorées. Pour cela, nous avons collaboré ces dix dernières années avec le VITO, l’institut de recherche flamand, et le CTP, son pendant wallon, dans le cadre du programme européen de collaboration CRAFT. Cela nous a permis de développer des techniques de récupération très efficaces que nous avons pu, depuis lors, affiner dans notre usine expérimentale de Farciennes.»

5 millions d’euros

Le coût d’investissement total du développement de ce processus innovant. Orbix a bénéficié du soutien de l’IWT, de l’UE et de Belfius.

«Jusqu’il y a peu, le mâchefer issu de la production d’acier n’était pas recyclable. Or, pendant son traitement, il libère un matériau extrêmement fin: le Carbinox», poursuit Dirk Van Mechelen, responsable recherche et développement chez Orbix. «Pendant la production de matériaux de construction, la réaction de ce produit résiduel avec le CO2 est utilisée comme liaison alternative pour le ciment ou le calcaire. Les matériaux de construction qui sont ainsi produits ont les mêmes qualités que les produits liés par du ciment. Mais l’avantage est qu’ils combinent un prix de revient plus bas et un processus de production qui demande peu d’investissements supplémentaires.»

Économie circulaire

Grâce au recyclage des métaux et aux économies réalisées sur les matières premières naturelles – le sable, le gravier et le ciment ne sont plus nécessaires pour fabriquer ces matériaux de construction – Orbix apporte une forte contribution à une économie circulaire durable.

«Le CO2 peut être directement récolté auprès des entreprises qui en émettent beaucoup. Une fabrique de béton d’une capacité de production annuelle de 250.000 tonnes qui opterait pour notre processus de carbonatation pourrait extraire de l’air entre 50.000 et 100.000 tonnes de CO2. De plus, les matériaux de production produits continuent à capter de petites quantités de CO2 présentes dans l’air pendant toute leur durée de vie», explique Dirk Van Mechelen.

«Notre technologie a suscité l’intérêt de plusieurs grandes entreprises européennes», embraie Serge Celis. «En juillet 2016, nous avons, par exemple, conclu un accord de licence avec le RuwBouw Groep, une filiale du groupe irlandais CRH qui est l’un des plus grands producteurs de matériaux de construction au monde. Ils utiliseront notre technologie belge à l’échelle européenne pour fabriquer des blocs utilisés dans le gros oeuvre. Notre ambition à court terme est de déployer cette technologie dans le monde entier pour la production de tuiles, de carrelages et de pavés de qualité supérieure.»