La transformation de déchets en matières premières permet non seulement de préserver l’environnement, mais aussi de réduire les coûts de production

Siemen Cox
initiateur de BlueCity

BlueCity: l’avenir économique est au bleu

Situé au coeur de Rotterdam, BlueCity est un incubateur d’un nouveau genre qui fonctionne selon le principe de l’économie bleue, un modèle économique circulaire qui s’inspire de la nature pour innover durablement. Les explications de Siemen Cox, l’initiateur du projet.

Réunies sous une coupole de verre dans le Tropicana, une ancienne piscine subtropicale paradisiaque, quinze start-ups travaillent de concert au sein d’un écosystème dans lequel les déchets de l’une deviennent les ressources de l’autre.

Chaque entreprise ambitionne de créer des produits meilleurs pour la santé et l’environnement, mais aussi moins chers que ce que l’on peut trouver aujourd’hui sur le marché, grâce à un système local de production et de consommation ainsi qu’à une réduction considérable des coûts de marketing.

Pour relever ce défi, elles mettent en relation des business plans, des matières premières et des flux résiduels en collaboration avec des chercheurs, professeurs, entrepreneurs et agriculteurs urbains. Ces différents acteurs apprennent les uns des autres, inspirent de nouvelles initiatives et expérimentent. En résumé: BlueCity est un gigantesque jardin d’essai créatif qui façonne l’économie durable de demain.

Économie bleue

«BlueCity est née de RotterZwam, l’entreprise que j’ai fondée en 2013 avec Mark Slegers», explique Siemen Cox. «Nous y cultivions des pleurotes en utilisant le marc de café résiduel comme terreau. Avec notre installation originale, notre modèle d’affaires a rapidement suscité une grande attention médiatique. Nous avons donc voulu partager notre plateforme avec d’autres entreprises circulaires. Nous avons lancé un appel aux entrepreneurs et, quelques mois plus tard, les premières start-ups partageant la même philosophie y emménageaient déjà.»

31.000 kg

La quantité de marc de café que RotterZwam sauve de l’incinération pour produire 6.000 kilos de pleurotes.

La piscine est rénovée et la coupole de verre nettoyée. Le bâtiment est doté de façades vertes pour collecter les particules fines, les toitures garnies des panneaux solaires, et un système de refroidissement avec l’eau de la Meuse sera bientôt mis en place. À l’intérieur des murs, les  objectifs opérationnels sont au moins aussi durables. Siemen Cox considère le modèle d’incubateur global de BlueCity comme un élément de «l’économie bleue», un modèle économique conçu par le Belge Gunter Pauli qui suffit aux besoins de base en valorisant ce qui est disponible localement, qui s’inspire du vivant et se fonde sur les principes de l’économie  circulaire, et qui considère les déchets comme dotés de valeur. «L’économie bleue ne recycle pas, elle préfère régénérer. Elle crée un écosystème dont les interactions – recherche, enseignement, pouvoirs publics, entrepreneuriat et riverains – pérennisent l’ensemble du système en offrant de multiples possibilités d’emploi.»

La plus-value sociétale se manifeste dans différents domaines, poursuit Siemen Cox. «Nous multiplions les expériences. Ici, les entreprises peuvent collaborer sur une base expérimentale. Elles peuvent analyser des collaborations durables pour constater ce qui fonctionne mieux. Un centre interactif a aussi été aménagé pour inspirer d’autres entrepreneurs et pouvoirs publics et partager des informations. Enfin, nous travaillons localement. BlueCity oeuvre activement à la réduction des déchets, ce qui entraîne une diminution visible de la quantité produite dans notre ville. Et c’est sans compter les emplois supplémentaires que nous allons progressivement créer.»

Ruche circulaire

Les entreprises collaborent de plusieurs manières au sein de l’écosystème BlueCity, explique Siemen Cox. «Nous organisons des événements stimulants pour promouvoir notre modèle auprès d’entreprises, de start-ups et de partenaires potentiels, comme des soirées cinéma, des ateliers et des séminaires. Les réunions les plus marquantes sont nos F*ckUp Nights, où nous demandons à des dirigeants d’entreprise, responsables de projets et salariés de partager leurs erreurs. Car les résultats et les succès sont souvent précédés de nombreux échecs. De cette manière, nous apprenons des expériences des uns et des autres.»

Les collaborations entre les entreprises se développent souvent sur une base très organique. «Il y a l’exemple de ce fabricant de meubles et d’un apiculteur qui se sont rencontrés via BlueCity. Aujourd’hui, le premier utilise la cire d’abeille du second dans la finition de ses meubles. Nous avons aussi un entrepreneur qui cultive des spirulines, des algues riches en protéines qui peuvent être intégrées dans des préparations culinaires. Elles sont cultivées grâce au CO2 apporté avec la chaleur résiduelle de la culture de champignons toute proche de RotterZwam. Et un boulanger est en négociation avec un brasseur pour traiter le marc résiduel de la production de bière dans son pain. Ce ne sont que quelques illustrations de la manière dont la transformation de déchets en matières premières permet non seulement de préserver l’environnement, mais aussi de réduire les coûts de production.»

La Ville de Rotterdam participe activement aux réflexions de BlueCity

Les 12.000 m² du site BlueCity peuvent accueillir 30 à 50 entrepreneurs circulaires supplémentaires. Mais les ambitions vont beaucoup plus loin. Siemen Cox: «Nous n’en sommes pas encore à notre capacité maximale. De plus, nous bénéficions de l’appui de la Ville de Rotterdam qui croit fortement en notre projet. Actuellement, les charges sont intégralement supportées par les entrepreneurs. Mais en raison de nos nombreux défis sociétaux en matière de durabilité et de traitement de déchets, nous sommes activement à la recherche de fonds et de subsides pour accroître l’ampleur et la rentabilité du projet. Plusieurs de nos entreprises enregistrent déjà une croissance sub – stantielle. À l’avenir, elles pourront passer à une échelle supérieure ailleurs en ville, mais elles resteront présentes ici avec un stand qui racontera leur histoire. Je ne peux qu’espérer que BlueCity trouve un prolongement dans d’autres villes et pays, car les réactions sont unanimement positives.»