L’enseignement de demain sera individualisé et diversifié. Il mettra l’accent sur l’apprentissage autonome

Dirk Van Damme
expert en enseignement à l’OCDE

«J’attends avec impatience les idées des capitaines d’industrie en matière d’enseignement»

Les connaissances resteront cruciales dans l’enseignement du XXIe siècle, mais les compétences et la personnalité deviendront au moins aussi importantes, affirme l’expert de l’OCDE en matière d’enseignement Dirk Van Damme. «Les temps sont mûrs pour un débat fondamental entre le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement.»

«Sur le marché de l’emploi, ceux qui ont le sens de l’entreprise, une attitude axée sur la résolution de problèmes et de la persévérance sont plus utiles que les champions de la géométrie triangulaire et de l’analyse syntaxique», estime Dirk Van Damme. Et notre enseignement doit s’adapter à cette réalité. «L’enseignant qui sert un programme standard à une classe d’élèves soupirant d’ennui sera bientôt relégué aux oubliettes. L’enseignement de demain sera individualisé et diversifié. Il mettra l’accent sur l’apprentissage autonome.»

Apprentissage ouvert

La technologie offre-t-elle une issue? «Certainement, à condition de ne pas reproduire les erreurs du passé», prévient l’expert de l’OCDE. «Les pouvoirs publics et les entreprises ont beaucoup investi dans l’infrastructure, mais ont négligé la formation continue et les logiciels adaptés. La technologie doit s’adapter au contexte pédagogique, et non l’inverse.»

Il ne manque pourtant pas d’exemples pouvant servir de sources d’inspiration. L’enseignement à distance, par exemple, est en plein essor grâce à des solutions comme les Open Educational Resources, qui offrent du matériel didactique gratuit en ligne. Qui plus est, de plus en plus de fournisseurs privés de système d’apprentissage en ligne font leur entrée sur le marché de l’enseignement.

Pour Dirk Van Damme, l’impact croissant des entreprises sur l’enseignement n’est pas une menace. «Nous avons un intérêt commun: bien former les jeunes au marché du travail de demain. Laissons les dirigeants d’entreprise et les spécialistes de l’enseignement mener un débat de fond sur l’enseignement du futur. J’attends avec impatience les idées visionnaires des capitaines d’industrie. Quelles feuilles de route vont-ils élaborer pour un enseignement progressif?»

Un budget innovation de 5%

Un nouvel enseignement exige également des investissements, et Dirk Van Damme en est conscient. Il plaide en premier lieu en faveur d’une réorientation des investissements actuels. «Le budget de l’enseignement est relativement élevé en Belgique, mais il est encore possible de réaliser de nombreux gains d’efficacité. Créons par conséquent un budget innovation qui prépare l’avenir à long terme. Réserver 5% du budget total pour l’innovation me paraît être un minimum.»

Simultanément, il faut imaginer de nouveaux modèles de financement pour notre enseignement. «L’extension des partenariats public-privé à des investissements dans l’infrastructure constitue une piste intéressante. Mais en fait, toutes les idées fraîches sont les bienvenues.»