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Le patient conçoit sa propre prothèse

La plupart des prothèses destinées aux victimes d’une amputation, d’un polytraumatisme ou d’une paralysie sont de taille unique. Elles ne répondent donc pas toujours aux besoins individuels. C’est pourquoi le centre de revalidation de l’hôpital universitaire de Gand autorise ses patients à participer à la conception de leurs prothèses.

«Nous parlons ici de codesign, qui va beaucoup plus loin que la cocréation: le patient est le moteur de chaque phase du processus de conception», précise Matthias Van De Walle, thérapeute au centre de revalidation de l’UZ Gent. Son travail de baccalauréat l’a mené à l’idée d’impliquer complètement le patient dans la recherche et le développement de sa prothèse.

«L’an dernier, nous avons rencontré un mécanicien automobile qui avait perdu une main», se souvient Matthias Van De Walle. «Naturellement, il voulait reprendre son travail en toute autonomie le plus rapidement possible. Pour cela, il avait besoin de ses deux mains. Nous avons commencé à concevoir la prothèse avec lui. Et nous avons réussi à en développer une qui lui permet d’exécuter à nouveau tous les actes techniques. C’est le parfait exemple d’un projet très vague au départ mais qui débouche sur une solution très concrète. Sur la base d’impressions 3D, nous avons finalement développé une prothèse métallique pour notre patient.»

Ce processus modifie la perspective du patient: il n’est plus une victime mais le co-concepteur de sa propre solution
Matthias Van De Walle, ergothérapeute au centre de revalidation de l’UZ Gand
Conception

De nombreuses prothèses disponibles sur le marché cessent d’être utilisées avec le temps. «Parce qu’elles ne satisfont pas tout à fait aux besoins du patient, mais aussi, souvent, parce qu’il s’agit d’un stigmate. Dans le codesign, nous identifions les attentes des patients et veillons à ce qu’ils expérimentent vraiment les prototypes. Ils apprennent à mieux se connaître et évoluent ainsi dans la bonne direction. Sans oublier l’aspect éminemment psychologique, car ce processus change la perspective du patient. Il n’est plus victime mais co-concepteur de sa propre solution.»

Développement

«Les réactions des patients sont positives et nous recevons de plus en plus de demandes. Nous sommes néanmoins limités par nos capacités. Sans compter le volet financier: nous voulons acheter une imprimante 3D semi-professionnelle, mais un appareil de ce type coûte entre 6.000 et 10.000 euros.»

Un investissement qui devrait être largement amorti à terme, ceci dit. «L’impression d’une prothèse autoproduite coûte entre 10 et 100 euros. Ce n’est rien en comparaison avec ce qui est disponible sur le marché.»

L’UZ Gent continue d’étendre le champ d’action de ce projet. «Cette année, nous allons accroître notre capacité en travaillant dans le cadre de séances de groupe», confirme Matthias Van De Walle. «Nous avons débuté avec un groupe de 15 patients. L’aide d’étudiants en ergothérapie et un projet industriel de la HoWest (Haute École de Flandre-Occidentale) nous permettront d’y parvenir.»