Le modèle circulaire exige un changement total d’état d’esprit

Karel Van Acker
professeur en gestion durable des matériaux, KU Leuven

Réduire, réutiliser, recycler: les trois R de la gestion intelligente des matériaux

L’économie circulaire offre une perspective attrayante de croissance durable. Elle présuppose cependant un changement de mentalité. Le professeur Karel Van Acker, ingénieur en science des matériaux à la KU Leuven, tient un plaidoyer passionné.

L’économie circulaire est un système visant à maintenir le plus longtemps possible la valeur des matières premières et des matériaux dans le cycle économique. En fermant le cercle, tous les acteurs se montrent plus prudents et plus efficaces dans la gestion de denrées rares. Le modèle circulaire en finit avec la mentalité «prendre-fabriquerjeter » et privilégie le recyclage, la réuti lisation, la répartition et le partage sur la propriété. «Cette économie circulaire exige un changement d’état d’esprit général», affirme Karel Van Acker.

«Elle présuppose non seulement une innovation technologique, mais aussi de nouveaux modèles et processus d’affaires: le recyclage, par exemple, pourrait encore être nettement plus efficace. Aujourd’hui, nous ne recyclons qu’entre 6 et 12% des matériaux utilisés. Il serait possible d’augmenter significativement ce chiffre en l’intégrant dans les processus de conception et de production.»

Collaborations multiples

Cette transition n’est possible qu’à la condition que fabricants, consommateurs, pouvoirs publics et universitaires collaborent étroitement. Comment les déchets d’un fabricant deviennent-ils les matières premières d’un autre? Comment s’articule une offre de réparation attrayante? Tant en Europe qu’en Belgique, l’économie circulaire est au sommet des agendas politiques. Les pouvoirs publics jouent un rôle actif via des subsides et des taxes avantageuses.

Ainsi la Suède veut-elle introduire une TVA réduite pour les activités de réparation à partir de 2017. La politique de marchés publics et d’innovation peut aussi donner une impulsion à l’économie circulaire. Des institutions de connaissances comme la KU Leuven réunissent tous les partenaires, partagent de nouvelles idées et accompagnent la concertation.

6 milliards

Le montant annuel qu’économiserait la Belgique en misant sur l’économie circulaire.

Coûts en baisse, emplois en hausse

Ceux qui utilisent moins de matières premières réduisent leurs coûts de production et leur empreinte écologique. La production de matériaux représente en effet quelque 30% des émissions de CO2.

De plus, l’économie circulaire est porteuse de nouveaux emplois, par exemple dans l’économie de partage et la réparation. Des produits comme des voitures ou des machines à laver y sont partagés et empruntés, des marchandises ne sont plus jetées mais réparées. «Nous ne devons pas manquer ce train», estime le professeur Van Acker. «Pour la Belgique, les études évoquent 6 milliards d’économies par an, 2,7% de croissance annuelle et 27.000 nouveaux emplois. Il ne faut donc pas traîner.»