Scalpel ou pommade? L’examen pathologique numérique donne la solution!

«L’examen pathologique numérique ne relève plus de la science-fiction», affirme le Dr Ivo Van den Berghe, chef du service d’anatomie pathologique de l’AZ Sint-Jan à Bruges. Il est plus sûr pour le patient, offre des résultats plus rapides et est plus efficace pour l’hôpital. Mais ce n’est pas tout!

«Imaginez», explique le Dr Ivo Van den Berghe, «que cet hôpital compte quatre pathologistes, examinant chaque jour 400 plaquettes de verre avec des coupes de tissu. Dans la pathologie classique, des laborantins récoltent et classent ces coupes de tissu par pathologistes et par cas. Un triple système de contrôle limite la marge d’erreur d’identification des patients et des tissus. Ce processus est long et lourd du point sur vue logistique.»

Mais depuis le début de cette année, l’examen de tissu est entré dans l’ère numérique. S’il ne l’a fait que maintenant, c’est parce qu’auparavant la qualité de l’image n’était pas suffisante. De nombreuses affections comme les pathologies de la peau et les pathologies rénales p. ex. nécessitent des images en très haute résolution, même avec un agrandissement maximal. En 2015, la technologie était enfin au point.

Mais encore…

Dans le processus numérique, les laborantins placent immédiatement la coupe de tissu sous le scanner haute résolution. Image, coupe et demande d’examen sont reliées par un code-barres unique. Le risque de diagnostics basés sur des tissus erronés est ainsi éliminé. Le laborantin peut se concentrer sur des tâches plus utiles que le tri de piles de plaques de verre.

Une mesure précise a un impact réel sur la thérapie du patient. Le Dr Ivo Van den Berghe donne l’exemple d’une tumeur courante de la peau. «Si la tumeur a plus de 3mm d’épaisseur, on l’ôte par voie chirurgicale. Si elle est moins épaisse, une pommade dermatologique abrasive peut suffire. La pathologie numérique mesure avec une précision de trois chiffres après la virgule, et donne donc une réponse objective, à 100% sûre. Je vous l’assure: cet outil me permet de mieux dormir la nuit.»

Plateforme

Les images numériques sont plus faciles à échanger, ce qui favorise la collaboration au niveau national et international. «Un simple clic de souris suffit pour envoyer l’image dans la boîte de messagerie de l’un mes collègues sur le campus de Bruges», s’enthousiasme Dr Ivo Van den Berghe. «Des experts réputés, notamment de la Harvard Medical School, participent à la consultation et à des discussions de groupe à distance. Nous travaillons aussi sur une plateforme numérique consacrée aux tumeurs rares, auxquelles peuvent se connecter des universités et des hôpitaux du monde entier. Ma collègue, le Dr Pascale De Paepe, a ainsi lancé une collaboration autour de la pathologie rénale notamment avec les Universités de Gand, Anvers et Louvain.»

Le pathologiste lui-même est soulagé. Car fixer chaque jour une lumière vive sans bouger occasionnent souvent des maux de tête et des douleurs à la nuque. De nombreux médecins hésitent donc à suivre cette spécialisation. L’écran d’ordinateur est nettement plus ergonomique.

Technologie pour tous

Mais que coûte cette pathologie numérique? L’implémentation est plus lourde que l’installation d’un scanner. «L’ensemble du système informatique du labo a été remplacé par un processus doté d’un workflow automatique, convivial et efficace. De plus, le campus de Bruges est un laboratoire accrédité ISO 15189. Une telle transition doit donc satisfaire à des contrôles et procédures de validation très strictes. Non seulement nos collaborateurs, sous la direction de la laborantine en chef Stefanie Ketelers, mais aussi la direction, le service informatique et le service technique croient dans le projet et travaillent en harmonie à sa réalisation.»

«L’exercice de coordination entre les différents services n’a pas été une sinécure», explique le Dr Ivo Van den Berghe, et le coût d’utilisation est à l’avenant. Cette technique coûte quelque 140.000 euros/an. «Mais l’hôpital Sint-Jan fait honneur à son credo: «Mettre la technologie innovante à la portée de tous». Nous sommes les premiers en Belgique à avoir numérisé l’ensemble de l’anatomie pathologique, les deuxièmes en Europe. Les autres institutions s’y intéressent peu à peu. Selon moi, Antoni Van Leeuwenhoek* et son microscope appartiennent au passé.»

*Antoni van Leeuwenhoek (1632 – 1723) est un commerçant et savant néerlandais, connu pour ses améliorations du microscope et comme l’un des précurseurs de la biologie cellulaire et de la microbiologie.