Quand on observe des villes comme Séoul, Barcelone et Tel-Aviv, on voit qu’elles tirent profit de choix politiques audacieux

Mike Lake
CEO de Leading Cities

Une smart city exige vision et leadership

«La smart city n’est pas un objectif en soi: c’est un processus permanent», affirme Mike Lake, CEO de l’organisation américaine à but non lucratif Leading Cities, qui aide des villes du monde entier à poser des choix plus intelligents et efficaces. Et ce n’est pas un luxe: «Selon une étude des Nations unies, trois millions de personnes quittent chaque semaine la campagne pour s’établir en ville, surtout dans les pays en voie de développement.»

Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontées les villes qui veulent se réinventer en smart cities?

Mike Lake: «On peut comparer cela à une fusée dotée de trois étages. Tout d’abord, la ville doit définir ses objectifs réels, identifier les principaux besoins de la population. Ensuite, elle doit développer les structures adéquates, un leadership de qualité pour élaborer les innovations et les solutions nécessaires. Enfin, il y a naturellement l’aspect financier. Cependant, de nombreuses villes n’ont pas suffisamment conscience qu’il existe souvent des solutions très créatives dans ce domaine et qu’une collaboration avec le secteur privé ou d’autres villes peut ouvrir de nombreuses portes.»

Par quoi le bourgmestre d’une ville d’un demi-million d’habitants doit-il commencer s’il veut rendre sa ville plus intelligente?

Mike Lake: «Vous mettez le doigt sur la plaie: la première étape consiste à identifier les besoins et défis réels et à classer, sur cette base, les investissements et projets potentiels. L’éventail des “smart solutions” disponibles est très étendu. Les recherches que nous avons menées dans ce domaine soulignent surtout l’importance de l’adhésion et de l’implication de la population. Une fois que celle-ci soutient un projet, un pas important a été franchi. Ceci dit, il n’existe pas deux villes identiques: bien qu’un thème comme la mobilité soit universel, l’urgence de le traiter peut varier d’une agglomération à l’autre.»

Certaines administrations communales ne rechignent-elles pas à s’engager avec le secteur privé, pensant qu’«ils veulent nous vendre quelque chose dont nous n’avons pas réellement besoin»?

Mike Lake: «Sans doute, et c’est très dommage. Les villes se toisent mutuellement. Quand elles constatent qu’une nouvelle technologie fonctionne ailleurs, les choses s’accélèrent subitement. Les administrations communales devraient adopter une position un peu plus visionnaire et embrasser plus rapidement les technologies de pointe.»

Il faut dire que ces technologies sont souvent extrêmement coûteuses et que leur bénéfice n’a pas encore été démontré. En cette période de restrictions budgétaires, les villes n’ont-elles pas d’autres priorités?

Mike Lake: «Les responsables politiques doivent oser réfléchir à long terme, même si cela implique qu’ils ne récolteront pas les fruits de certaines décisions ou de certains investissements avant les prochaines élections. Lorsqu’on voit des villes comme Séoul, Barcelone et Tel-Aviv obtenir de très bons scores dans le classement des “smart cities”, un constat s’impose: elles tirent profit de choix politiques audacieux! Il peut d’ailleurs suffire, pour une administration communale, de stimuler l’esprit d’entreprise au niveau de la ville pour permettre à des entrepreneurs du cru d’apporter des solutions innovantes et intelligentes à des problèmes locaux. Je distingue encore trop de craintes et de réticences dans de nombreuses villes, qui pensent par exemple qu’une innovation donnée ne profitera qu’à une partie limitée de leur population. Les responsables politiques sous-estiment la vitesse à laquelle les innovations peuvent s’imposer et susciter une adhésion plus large.»